Dès la sortie de son bureau, vous saviez que l'entrevue était un fiasco... Pourtant, le poste à pourvoir correspondait à votre profil et vous aviez parfaitement préparé vos arguments. L'explication? Il n'était pas prêt à vous écouter. Afin de faire pièce à l'insuccès, adaptez vos propos à votre recruteur pour mieux le canaliser!
Le recruteur bavard
Prolixe, votre vis-à-vis s'égare en longs monologues, pose peu de questions et occulte vos réponses... quand il vous laisse prendre la parole!
Mesurez le risque encouru. L'entretien se déroulera sans heurt. Cependant, trois qualificatifs viendront à l'esprit du recruteur pour définir votre caractère: timide, réservé et peu loquace. Même si vous êtes en réalité de nature volubile et dynamique, votre posture d'écoute vous portera préjudice.
Guidez-le avec tact. Faudrait-il lui couper la parole? Certes, mais toujours à bon escient! Si vous le laissez parler de son entreprise, ne manquez pas de souligner votre intérêt par des questions courtes et précises sur ses activités, son rayonnement, ses méthodes de travail ou sa clientèle. Veillez également à orienter le discours de votre interlocuteur pour obtenir le maximum d'informations à exploiter: "Quel sera mon rôle au sein de votre équipe?"; "Serais-je appelé à exécuter telle ou telle tâche?"; "À quelles responsabilités dois-je m'attendre?", etc.
Le recruteur improvisé
Mandaté à la dernière minute pour vous recevoir, il n'a pas préparé votre entrevue. Pour donner le change, il débute par un bref coup d'œil sur votre CV – qu'il découvre – et vous apostrophe en ces termes: "Parlez-moi de vous."
Mesurez le risque encouru. Si votre exposé rejoint d'emblée ses attentes générales, il sera séduit. En l'absence de fil conducteur, vous risquez néanmoins de livrer des informations susceptibles de desservir votre cause.
Guidez-le avec tact. Suivez un plan d'attaque que vous aurez soigneusement préparé en amont. Exemple: "Je me présente en une minute / Je résume tels éléments ou telles étapes de mon parcours professionnel en cinq minutes / Je décris mon expérience chez Untel et interroge le recruteur sur tel sujet." Vos objectifs? Ne dévoiler que l'essentiel, inciter votre interlocuteur à s'intéresser à votre expérience et collecter de quoi rebondir avec aisance.
Le recruteur paternaliste
Jovial, il décrit son entreprise comme une aventure humaine et vante volontiers les mérites de l'équipe qu'il dirige.
Mesurez le risque encouru. Sa préoccupation première réside dans votre savoir-être. Aussi, il cherchera avant tout à s'assurer de votre discipline et de votre respect de l'autorité. Il s'efforcera également de déterminer la manière dont vous pourriez vous intégrer à son groupe. Attention! Perfectionniste, il aime le travail bien fait.
Guidez-le avec tact. Posez-lui des questions sur les missions et le travail d'équipe. Si vous souhaitez mettre en exergue un savoir-faire spécifique, évoquez ceux qui vous ont épaulé: "Le mérite revient à la personne qui m'a formé. Certes, j'ai ensuite approfondi mes connaissances, car je suis perfectionniste, mais elle a su me transmettre son savoir et je l'en remercie." Ainsi, vous démontrez à la fois votre implication personnelle et votre capacité à reconnaître les compétences des autres.
Le recruteur inquisiteur
Partisan de l'ordre et de l'honnêteté, il s'évertue à vous pousser dans vos derniers retranchements, de manière à identifier chez vous d'éventuelles failles ou contradictions.
Mesurez le risque encouru. Vous pourriez ressentir un certain malaise, même si vous n'avez strictement rien à vous reprocher. Dans le jeu du chat et de la souris, vous n'occupez pas la place la plus confortable! Si vous êtes jeune, vous peinerez à trouver grâce à ses yeux: tôt ou tard, il vous reprochera votre manque d'expérience.
Guidez-le avec tact. Face à une question déstabilisante sur votre passé professionnel, ne vous justifiez pas à outrance. À l'inverse, assumez vos responsabilités et replacez les événements dans leur contexte: "Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. Aujourd'hui, il est clair que je m'y prendrai autrement..." Vous ferez ainsi la preuve de votre faculté à tirer des enseignements de vos actions et à vous projeter dans l'avenir. Si vous avez la chance d'avoir fréquenté un établissement réputé, faites-le savoir: la balance pourrait pencher en votre faveur.
Le recruteur suractif
Sans cesse interrompu par la sonnerie du téléphone, son assistante, son chef d'atelier, il manifeste un stress patent. Qu'il soit considéré comme un manager "cordial" ou "exécrable", il veut tout savoir, tout chapeauter et il a des idées sur absolument tout!
Mesurez le risque encouru. Ne vous fiez pas aux apparences: parce qu'il est présent sur tous les fronts, il sait déléguer et apprécie d'être entouré par des personnes réactives, polyvalentes et disponibles. De même, il accordera plus facilement sa confiance à ceux qui ont su s'adapter à de nombreuses situations professionnelles.
Guidez-le avec tact. Axez l'entretien autour des besoins non exprimés du recruteur: engager une personne sur laquelle il puisse se reposer. Dès que possible, glissez l'une des affirmations suivantes: "Je m'applique à toujours mener à bien les projets que l'on me confie"; "J'ai besoin de travailler avec des personnes créatives, car j'aime l'action."
Le recruteur passéiste
Dépassé par les nouvelles technologies, il leur préfère les "bonnes vieilles" méthodes d'antan. Un ordinateur trône sur chaque bureau? Observez les autres équipements: d'antiques machines à calculer côtoient des plannings à gouttières des années 70!
Mesurez le risque encouru. Attendez-vous à ce qu'il minimise tous vos savoir-faire bureautiques: "Vous maîtrisez Word? La belle affaire! Ma fille de 14 ans peut en dire autant. Mais êtes-vous capable d'écrire sans faire de faute? La personne qui occupait le poste jusqu'à présent laissait systématiquement passer des erreurs grossières, malgré son correcteur informatique!"
Guidez-le avec tact. Si l'offre d'emploi vous intéresse vraiment, accrochez-vous! Pour amadouer votre interlocuteur, privilégiez, dans la présentation de vos missions, le fond (qualité du contenu ou de la prestation) sur la forme (procédés techniques mis en œuvre). Surtout, ne cherchez pas à le convaincre de l'intérêt d'une technologie avancée: vous prêcheriez à coup sûr dans le désert!
Le recruteur instinctif
Il a une idée précise du profil "à éviter". En conséquence, il se fiera à ses impressions pour vous jauger, plus qu'à votre CV. Confortablement installé sur son siège, sûr de lui, il ne consulte d'ailleurs ni ses notes, ni les éléments que vous lui avez communiqués.
Mesurez le risque encouru. Attendez-vous à devoir parler de vous, depuis vos relations avec vos anciens professeurs jusqu'à vos expériences professionnelles les plus récentes. Prenez garde à ne pas vous laisser endormir par le charisme de votre vis-à-vis: vous en viendriez à révéler des informations que vous n'auriez jamais évoquées au cours d'un entretien "classique".
Guidez-le avec tact. Reformulez ses questions pour en prendre acte. Vous en mesurerez mieux la portée. Répondez-lui avec concision, sans entrer dans les détails. Ne revenez pas sur vos faits et gestes passés ou sur les appréciations de vos anciens managers. Au contraire, évoquez l'avenir et vos projets professionnels. Pour renforcer votre pouvoir de conviction, posez votre voix et surveillez votre gestuelle. Au mieux, calquez votre attitude sur la sienne. Il recrute à l'instinct? Offrez-lui son image en miroir!