Un marché en mutation
Pour Louis-Marie Simoneau, directeur chez People Search, il est clair que l'embauche d'assistant(e)s n'est actuellement pas une priorité, "en tout cas en recrutement direct. Mais il reste encore de belles opportunités pour des assistants de direction générale, bilingue ou trilingue".
Même constat chez Page Personnel, où l'on signale des embauches pour des profils de très bon niveau, avec de bonnes références côté diplôme (formation classique) et compétences linguistiques. Jérôme Bonnet, directeur exécutif Page Personnel, relate que "lors de la fermeture de filiales françaises de banques en faillite, nous n'avons eu aucune difficulté à replacer les assistantes à haut potentiel. Il s'agissait de profils à forte valeur ajoutée, c'est-à-dire présentant de compétences rares, par exemple la pratique du chinois, généralement des assistantes de PDG de grandes sociétés, émargeant à 40 000-50 000 € par an, voire plus avec les participations". Pour satisfaire la demande sur ces types de postes, les cabinets de recrutement doivent assurer une sélection rendue plus ardue en raison de l'afflux de candidatures, tandis que le recours à des professionnels en poste est plus difficile car la période n'incite pas à la prise de risques.
Chez OfficeTeam, Noëmie Loubaton observe globalement "une réduction du ratio d'assistant(e)s d'1 pour 3 hier à 1 pour 5 aujourd'hui. La "population" d'assistant(e)s tendrait donc à se réduire, avec pour conséquence une nécessaire rationalisation de leur rôle. Les recruteurs exigent de plus hauts niveaux de compétences et souhaitent leur confier de plus larges responsabilités".
Quelles compétences valoriser?
Dans ce contexte, certaines aptitudes sont particulièrement valorisées, en particulier la polyvalence. Pour Louis-Marie Simoneau, les candidats doivent plus que jamais démontrer leur "capacité à gérer plusieurs choses en même temps. La créativité et la prise d'initiative sont également des qualités actuellement extrêmement valorisées". Jérôme Bonnet insiste sur la nécessité de "saisir toutes les opportunités, ne pas hésiter à faire des périodes d'intérim très enrichissantes et qui permettent surtout de gagner en adaptabilité, élément clé pour le métier en particulier dans cette conjoncture".
Bien entendu, rechercher un emploi dans la conjoncture actuelle n'est pas une sinécure, en particulier lorsque l'on a subi un licenciement. Dans cette situation, comme le conseille Sylvaine Pascual, coach spécialisée dans le relationnel professionnel, il est vital de maintenir l'estime de soi ; car, dans le cas d'un licenciement, la remise en question est inévitable: "on a besoin de faire le deuil et de digérer les conditions dans lesquelles le licenciement s'est passé, sans nier ses émotions. Il faut également faire la différence entre ses compétences d'une part, et sa valeur personnelle d'autre part. La valeur en tant que personne n'est pas déterminée par les compétences professionnelles... encore moins dans le cas d'un licenciement économique". Profitez de cette période pour activer votre réseau, faire un bilan de compétences, ou développer de nouvelles compétences grâce à la formation. Enfin, sachez vous "entourer des bonnes personnes, c'est à dire celles qui ne risquent pas de nous ancrer dans un statut de victime".
Face à un recruteur, gardez à l'esprit que vous devez avant tout "donner envie de travailler avec vous!", insiste Noëmie Loubaton. Ne vous laissez pas gagner par la morosité ambiante: au contraire, adoptez une attitude positive et souriante. Par ailleurs, lors de vos recherches et surtout lors des entretiens, misez principalement sur le relationnel. Sylvaine Pascual a pu observer que "les recruteurs ont tendance à minimiser l'influence que le relationnel des candidats a sur eux. Ils ont le sentiment illusoire ne pas être, ou peu, influencés. Or, le relationnel fait tout!" En conséquence, focalisez-vous sur vos qualités naturelles, "celles qui vont s'exprimer le mieux. Pour cela, explorez les qualités que vous considérez déjà comme un atout, et analysez de quelle manière vous pouvez les mettre au service d'une équipe ou d'une entreprise".
Opportunités ou menaces?
Autre effet notable de la crise, les entreprises ont drastiquement réduit le recours à des missions d'Intérim pour remplacer les collaborateurs absents pour congés payés : de plus en plus, elles s'organisent seules en optimisant les ressources et les compétences au sein des équipes. Interrogés en mars 2009, 30% des salariés avaient constaté un accroissement des horaires de travail (Observatoire du Travail, BVA/BPI/l'Express, mars 2009). Du côté des secrétaires et assistant(e)s, une enquête récente révèle que 22% d'entre-elles ont vu leur charge de travail augmenter suite au départ de collègues (voir encadré).
Conséquence logique, signalée par Claudine Saint-Roch, présidente de la FFMAS*, "le non renouvellement de certains postes ou pire, leur suppression, conduit les équipes à amortir ces départs en suppléant certaines missions et dossiers. Les assistantes ne sont évidemment pas oubliées dans l'attribution de ces surcroîts de travail! Entre opportunités professionnelles et menaces sur la vie personnelle et familiale, les assistantes seront amenées à arbitrer...". Car le contexte actuel présente en effet de nombreuses opportunités à saisir, pour démontrer sa motivation, faire la preuve de ses compétences et développer son leadership.
De ce point de vue, Noëmie Loubaton constate que "les assistantes deviennent de vrais partenaires de leurs équipes et managers, elles ont un rôle rassurant, leur présence permet d'alléger la pression. Elles ont par ailleurs un rôle important à jouer dans la conduite de changement: on compte beaucoup sur elles aujourd'hui pour opérer des synthèses, analyses, avoir un rôle véritable d'aide à la décision. Concernant les missions de veille et de prescription, notamment la recherche et le suivi des prestataires, l'argument de rentabilité est encore plus présent: hier, les managers orientaient l'action en donnant un canal ; aujourd'hui, ils donnent des objectifs précis".
Comment gérer la pression?
C'est en période de crise que l'on reconnaît les bons collaborateurs. Pour Noëmie Loubaton "c'est le moment de se démarquer, de démontrer que l'on est corporate et que l'on va dans le sens de l'entreprise, et cela, par des actes plutôt que par des mots". Ceux qui auront su résister à l'effet de panique, en restant concentrés sur leurs missions et fidèles au projet de l'entreprise, seront peut-être reconnus et récompensés lorsque la situation le permettra.
Mais si adaptabilité et flexibilité doivent aujourd'hui dicter les comportements professionnels, faut-il pour autant tout accepter? Pour Sylvaine Pascual, "il est important de savoir rapidement fixer un cadre, avant même d'être confronté à une situation "limite". Dans tous les cas, avoir clarifié ce que l'on accepte ou pas facilite ensuite la négociation, le refus ou l'acceptation. Il faut ensuite être capable de savoir dire non de manière assertive, c'est-à-dire en prenant compte vos intérêts mais également ceux de votre interlocuteur".
À ce sujet, Louis-Marie Simoneau fait remarquer que l'impact de la crise sur les conditions de travail devrait, en France, rester limité, car "notre pays possède une culture sociale forte. Contrairement à de nombreux pays, notre droit offre de nombreuses garanties aux salariés. Et j'ai le sentiment qu'aujourd'hui, les entreprises jouent le jeu, tandis que les salariés ont un regard assez objectif de la situation".
* Fédération française des métiers de l'assistanat et du secrétariat.
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