A l'origine de l'événement, on trouve une opération de communication destinée à éveiller des vocations. En 1952, la puissante National Secretaries Association (devenue depuis l'IAAP, International Association of Administrative Professionals) lance aux États-Unis la Semaine nationale des secrétaires, avec pour point d'orgue le jour de la Fête des Secrétaires. Deux objectifs : faire reconnaître le rôle clef des secrétaires au sein des entreprises et valoriser le potentiel des carrières du secrétariat. Cinquante ans plus tard, dans un contexte économique et social évidemment très différent, ce même esprit préside encore l'événement, qui s'est depuis mondialisé (voir l'encadré). Mais plus précisément, quel est en 2009 le sens de cette fête pour les acteurs d'un métier en constante mutation? La parole aux secrétaires et assistantes de direction.
"Une éducation à faire"
Claudine Allier, assistante de direction en recherche d'emploi, rappelle que "ce métier en pleine révolution mériterait d'avoir son blason redoré et revalorisé : aujourd'hui, une assistante n'est plus seulement une exécutante. Elle a son propre leadership, qui n'est vraiment pas facile à faire reconnaître!" Pour Edith Imbert, assistante de direction chez MGE UPS Systems, le jour de la Fête des Secrétaires devrait être l'occasion de permettre aux assistantes de "se sentir un peu plus importante que d'habitude... et que leur travail soit reconnu par les collaborateurs de la société." Le problème ne concerne d'ailleurs pas uniquement les assistantes : pour Claudine Allier, "il y a avant tout une éducation à faire auprès des managers et du management par rapport aux positions du back-office."
Un bouquet de fleurs, un petit cadeau, cela fait toujours plaisir... toutefois, si l'on en croit les témoignages, il est bien rare que ce soit un réflexe! Selon Liliane Lalot-Odia, assistante de direction chez Schneider Electric, les managers "ignorent pratiquement que [cette fête] existe. Le fait qu'elle soit "imposée" dans le calendrier les amuse ou les agace." Bernadette Klucar, secrétaire administrative chez AREA, est la seule femme dans une structure composée de 35 employés: "Je n'ai pas envie de parler [de la fête] et je laisse venir... Si par hasard quelqu'un en parle, ça fait rire ou sourire". Christelle est actuellement assistante dans le secteur de l'environnement, mais dans toutes les sociétés qu'elle a connu, "personne ne connaissait cette fête (même les secrétaires d'ailleurs). J'en parle chaque année, mais c'est à chaque fois une avalanche de blagues et de sourires moqueurs ou condescendants, selon..."
Une éducation à refaire et une fête qui reste souvent dans les cartons. Nathalie Orjollet, assistante de direction chez H3C Energies, se souvient de sa première Fête des Secrétaires: "J'ai fêté pour la première fois cet évènement l'année dernière en gagnant un petit-déjeuner pour toute ma boîte grâce à la radio Chérie FM (juste en envoyant un mail!). Je suis passée à la radio et mon patron m'a offert un bouquet de fleurs pour cette occasion. Mais cette année, je ne sais pas ce que je vais trouver pour qu'il y pense ! Cela me rappelle d'ailleurs cette citation: "La veille de la Fête des Secrétaires, il y a sûrement de nombreux patrons qui ont dit à la leur: "Nicole, vous penserez demain à vous acheter un bouquet de fleurs"... (Laurent Ruquier, Je ne vais pas me gêner, éditions Pocket)"
"Témoigner de sa confiance"
Toutefois, au-delà de ces gestes d'attention, les assistantes que nous avons contactées attendent surtout des marques de reconnaissance professionnelle. Sonia Lidy, assistante de direction au CEA-Inserm, souhaiterait qu'en ce jour ses responsables puissent "dire ou redire ce qu'ils apprécient dans mon travail, me témoigner leur confiance, m'intégrer toujours plus dans leur projet et dans l'équipe".
En équipe, mais également en tête-à-tête, la Fête des Secrétaires peut être une occasion de renforcer les binômes. Isabelle Piot, assistante de direction en recherche d'emploi, suggère que les managers "apportent des croissants le matin ou invitent à déjeuner leur assistante, et en profitent pour faire un bilan de leur partenariat manager/assistante". Liliane Lalot-Odia rappelle d'ailleurs "qu'en Argentine l'assistante bloque l'heure du déjeuner dans l'agenda de son manager. Elle choisit le restaurant mais c'est lui qui règle l'adition!"
Certaines assistantes souhaitent également que cet événement soit l'occasion d'obtenir des récompenses sur un plan professionnel. Edith Imbert suggère ainsi aux managers d'autres formes de récompense: "des outils de travail à la pointe, une rémunération exceptionnelle suite à un travail difficile ou encore l'attribution de formations tremplin..." Liliane Lalot-Odia propose de son côté un jeu de rôle orignal, "faire ce qui se pratique dans de rares endroits: changer un jour par an de fonction. C'est le meilleur moyen d'appréhender ce que fait l'autre!"
"Assistantes, montrez-vous!"
Si de nombreuses assistantes expriment le souhait d'organiser quelque chose, elle disent ne pas oser, ou encore souhaiteraient que l'initiative vienne des équipes, des managers ou des responsables RH. De ce point de vue, Lydie Bona, qui vient tout juste de prendre sa retraite après 35 ans passés au sein d'une entreprise toulousaine du secteur spatial, a un souvenir précis de sa première fête: "J'ai eu connaissance de cet événement autour des années 1999-2000. J'ai commencé par en parler avec mes collègues, qui n'ont vu là que l'occasion de se plaindre de leur situation, de leur environnement, de leur patron... ! C'était désespérant. Que faisaient-elles, elles-mêmes, pour que cela change??" Mais Lydie ne s'est pas découragé: elle a négocié et obtenu un budget spécial pour la fête, ce qui a permis de faire un geste pour les assistantes puis de pouvoir les réunir ce jour-là pour un déjeuner spécial.
Pour Claudine Saint-Roch, assistante de direction chez BD France SAS (Becton Dickinson), présidente de la FFMAS* et président de C'A.Dir Dauphiné Savoie, "c'est aux assistantes de se prendre en main, elles doivent elles-mêmes se reconnaître comme un maillon fort de l'entreprise. Dans mon entreprise, il se passe plein de choses, et pas uniquement le jour de la Fête des Secrétaires. Il existe depuis 6 ans un réseau intra-entreprise d'assistantes. Nos patrons et managers connaissent parfaitement ce réseau dont ils apprécient les activités, qu'ils jugent pertinentes et positives, allant dans le sens de la stratégie de l'entreprise. Du coup, plus besoin de les alerter sur la Fête des Secrétaires: ce jour-là, ils ont d'eux-mêmes le réflexe d'un petit geste qui fait plaisir. Mais attention, l'initiative n'est pas venue d'en haut. Jamais un patron ne vous dira : ‘Et si vous vous réunissiez entre assistantes de l'entreprise?' Aux assistantes de prendre confiance en elles, de s'affirmer dans leurs compétences, leurs responsabilités, et de les démontrer en s'exprimant, en faisant des propositions, en prenant l'initiative de se fédérer, de créer et d'animer des réseaux de compétences".
Cristelle Monot, assistante de direction chez BD France, lance également un appel: "Si un simple merci fait souvent la différence, c'est sur le développement durable qu'il faut miser. Managers, n'oubliez pas que votre assistante est votre réservoir d'information, elle est la femme aux clés d'or de votre service ou entreprise. Consultez-la ! Assistantes, de votre côté, montrez-vous! Prenez la parole, n'hésitez pas à faire partager vos collaborateurs de vos expériences, de vos idées".
Christine Clémendot, assistante de direction Monsanto France et présidente de l'association d'assistantes Euma France, renchérit également sur ce thème: "A mon sens, les témoignages de reconnaissance, de félicitations ou d'encouragement doivent s'adosser sur un événement professionnel spécifique (la réussite d'un projet par exemple) pour être pertinents et atteindre leur objectif. Ne remercier ou encourager qu'une fois par an le jour de la Fête des Secrétaires n'a pas de sens professionnel et dévalorise l'assistante. Si, au contraire, le manager a l'habitude de remercier ou encourager à chaque réussite, alors témoigner le jour de la Fête des Secrétaires est un plus".
* Fédération française des métiers de l'assistanat et du secrétariat
"Une fête alibi"
Sur la Fête des Secrétaires, les avis peuvent se faire encore plus critiques, pour dénoncer certaines dérives. Pour Bernadette Klucar, "à une époque où l'on se bat pour l'égalité hommes/femmes, je ne pense pas qu'il soit opportun de faire une journée « secrétaire ». Pourquoi pas une journée « chef mécanicien », « conducteur de travaux », « responsable viabilité et logistique », « agents routiers », etc.? Je pense que notre combat se fait chaque jour: à nous de faire en sorte que notre fonction soit aussi importante dans l'entreprise que n'importe quel autre métier. Un combat difficile, j'en suis consciente, mais je préfère cela à une journée de fête qui finalement donne bonne conscience à tous: «Tu as eu ta journée, sois belle, souriante et bosse!»
Catherine Favre-Moiron, chargée de mission à la CCI de Grenoble, n'attend rien en particulier de cette fête: "Mon travail et ma fonction doivent être reconnus tout au long de l'année et il est inutile d'attendre ce jour-là pour marquer une attention particulière. Par contre, en dehors de mon entreprise, c'est une occasion spéciale que j'apprécie tout particulièrement pour retrouver les autres membres de l'association professionnelle à laquelle j'adhère. A cette occasion, le programme est particulièrement dynamisant, motivant, convivial, permettant échanges, partages, esprit de team building et d'appartenance à une même filière métier".
Pour Marie Fischer, assistante de direction Assurance Qualité chez BD, la Fête des Secrétaires est également l'occasion de retrouver les collègues en dehors de l'entreprise, grâce à son association professionnelle. Recevoir un bouquet de fleurs le jour de la Fête des Secrétaires? "Ce n'est pas une marque de reconnaissance. Nous sommes les assistantes de multiples «clients», internes, externes... Alors être encore «force de proposition», encore fédérer le personnel: NON et en tout cas pas pour cette journée de la Fête des Secrétaires, nous le faisons toute l'année. Je ne veux pas être fêtée, je ne veux pas être un alibi pour un environnement perfectible".
Au final, l'événement est loin de faire l'unanimité au sein de le profession. Toutefois, même si Claudine Saint-Roch considère que "la Fête des Secrétaires et Assistant(e)s a un côté un peu nunuche ou une image commerciale, cet événement est également une chance pour les assistantes : à cette occasion, les médias multiplient dossiers et enquête sur le métier, c'est donc le moment idéal pour faire passer des messages, montrer l'évolution et la modernité d'un métier qui n'est certainement pas près de disparaître!"