A l'heure où Internet rythme la plupart des échanges sociaux, pourquoi vantez-vous les mérites des bons vieux réseaux relationnels?
Deux raisons me poussent à faire l'apologie des réseaux traditionnels. Les réseaux virtuels ne permettent aucune confidentialité, ni n'autorisent de séparation claire entre vie professionnelle et vie privée. Qui n'a pas tapé dans Google le nom de son boss, d'un futur collègue ou d'une relation? Il y a de fortes chances qu'en cette occasion, vous ayez découvert des informations que cette personne ne souhaitait pas forcément divulguer, surtout lors d'un premier contact.
Il me semble aussi qu'entretenir son relationnel dans le "réel" devient un atout de poids à l'heure où tout devient virtuel. Les échanges de visu ont plus de poids et permettent de bâtir des relations plus fortes que des échanges sur le net qui finalement sont vite oubliés et ne créent pas un véritable lien social. Une rencontre permet également d'apporter plus de subtilité dans son discours, de prendre en compte l'expression non verbale, d'avoir finalement une approche plus fine de ses interlocuteurs...
Qu'est-ce que cela apporte d'avoir un réseau?
Il ne faut pas forcément raisonner en gain immédiat. Un réseau est fondamentalement basé sur l'échange. Il faut déjà donner avant de recevoir! Construire un réseau et l'entretenir prend du temps mais peut s'avérer fort utile, ne serait-ce qu'en relations humaines de qualité. En échangeant avec vos proches, en gardant le contact avec vos relations professionnelles, vous allez vous "enrichir", c'est à dire être ouvert aux problématiques des autres, partager vos expériences et éventuellement donner et recevoir des conseils. Cet investissement s'avère d'ores et déjà payant pour votre développement personnel et votre ouverture sur le monde. Et puis, il ne faut pas oublier qu'une embauche sur deux en France se fait grâce aux réseaux "traditionnels" et à la cooptation!
Pouvez-vous nous dire comment construire son réseau?
Dans un premier temps, j'encourage tout le monde à entretenir ses relations qu'elles soient familiales, amicales ou professionnelles. Ce n'est pas lorsque l'on en a cruellement besoin qu'il faut se rappeler au bon souvenir de ses contacts car ils risquent fort d'apprécier très moyennement une démarche clairement à sens unique. De petites attentions quotidiennes permettent de garder un lien: transmettez les informations qui peuvent intéresser l'un de vos interlocuteurs, liées à son sport préféré, son hobby de prédilection, sa future destination de vacances... Sollicitez son avis sur une actualité qui le passionne, sur un évènement récent dont il a fait l'expérience... Faites-vous des "reminders" dans vos agendas électroniques sur les dates d'anniversaires, fêtes, évènements remarquables que vous ne manquerez pas de souhaiter chaleureusement... Intéressez-vous vraiment aux personnes que vous rencontrez. Essayez de retenir pour chacun le titre exact de sa fonction, quelques caractéristiques sur sa société, quelques indications sur sa situation familiale, ses passions/engagements... En fait, se constituer un réseau, c'est finalement entretenir des relations sociales - très souvent agréables! Et c'est finalement à la portée de tous car cela dépend de qualités personnelles et non d'un statut, d'un niveau d'expérience ou de l'appartenance à un groupe.
Et comment le solliciter en cas de besoin?
Comme je l'expliquais précédemment il faut un minimum de tact et délicatesse. Si par exemple, vous ne proposez un déjeuner à cette relation amicale, à cet ancien collègue, que lorsque vous êtes à la recherche d'un emploi ou lorsque vous êtes en froid avec votre supérieur hiérarchique, il y a de fortes chances pour que ces personnes deviennent rapidement peu disponibles ou fassent preuve de peu d'enthousiasme à l'écoute de vos propositions. Prenez garde aussi à la forme que vous adoptez: elle doit être parfaitement adaptée à la personnalité de chacun. Certains apprécient d'aller droit au but notamment pour des requêtes, d'autres préfèrent un échange beaucoup moins direct. Essayez d'identifier ce qui stimule chacun de vos interlocuteurs: relever un défi, rendre un service, être admiré ou complimenté, recevoir des remerciements... Le meilleur moyen pour que votre réseau soit à votre écoute en cas de besoin, c'est de ne pas l'avoir sollicité dans l'urgence et surtout d'avoir entretenu des liens désintéressés et totalement personnalisés. Selon ses disponibilités, je recommande de consacrer un déjeuner par semaine ou par mois à un ami, une relation amicale ou un membre de votre famille élargie. Un autre à une relation professionnelle, collègue ne faisant pas partie de votre service, fournisseur, ancien collègue, stagiaire de l'été dernier... Au-delà de la construction de votre réseau, ces pauses vous éloigneront de votre quotidien, vous détendront et vous ouvriront de nouveaux horizons. C'est en cette occasion que vous êtes susceptibles de recueillir de précieuses informations, bénéficier de conseils avisés, partager vos réussites et vos échecs. Soyez également disponible et à l'écoute en cas de sollicitation: le fils de votre ancien collègue cherche un stage en juillet dans une banque; ne pourrait-il être recommandé à votre amie d'enfance qui travaille au siège de cet établissement financier? Ce chasseur de tête qui vous sollicite, alors que vous n'êtes pas à l'écoute du marché, ne serait-il pas un bon contact pour votre copine de promotion à laquelle on vient d'annoncer son licenciement économique? C'est en «connectant» les gens entre eux, en partageant vos retours d'expérience, en sollicitant des conseils, que vous allez rendre votre réseau efficace et disponible!
Finalement à quoi ça sert un réseau?
Dans l'immédiat, à rien! Car la démarche doit être totalement désintéressée. Mais peut-être à de grands projets dans le futur... Nous sommes avant tout des êtres humains et non des avatars virtuels: ces échanges sociaux personnels contribuent à nous faire prendre en mains notre développement, qu'il soit personnel ou professionnel.