Qui n'a jamais entendu parler de covoiturage? Depuis plusieurs années, l'idée a fait son chemin. Alors que le Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu) estime que le taux d'occupation d'un véhicule pourrait être de 1,32 sur la période 2005-2014 et que les périphériques de la plupart des grandes villes sont engorgés aux heures de pointe, la perspective de réduire ce taux en incitant les salariés à se regrouper pour faire un trajet s'impose naturellement. En France, on dénombrerait près de "700 000 utilisateurs du covoiturage, soit deux fois plus que l'an passé", notait Arnaud Sarfati, président de Green Cove Ingéniérie, éditeur du site de covoiturage 123envoiture.com, lors des premières rencontres entièrement dédiées à ce phénomène et réunissant entreprises et administrations publiques.
Les salariés frileux
Soucieuses de réduire leur empreinte écologique, de nombreuses entreprises et collectivités publiques se lancent dans l'aventure du covoiturage. Renault, BNP Paribas Assurance, Dassault Systèmes mais aussi les conseils généraux de l'Essonne, des Yvelines, de Seine-Saint-Denis ou du Rhône ont sauté le pas. "Sur les 4 000 employés que comptent notre administration, seuls 117 se sont inscrits. Pourtant, en juin 2007, lorsque nous avons réalisé une enquête à ce sujet, 53% des salariés avaient déclaré utiliser leur véhicule personnel pour se rendre au travail et 79% se disaient intéressés par le covoiturage", déplore Jean-Luc Forêt, en charge du Plan de déplacement d'entreprise (PDE) au conseil général des Yvelines.
Lancé en octobre 2007 avec la mise en ligne d'un site dédié à la mise en relation des différents employés par le covoiturage, ce projet a peiné à s'imposer et une première enquête en mars 2008 a révélé que seulement 12 salariés du conseil général des Yvelines semblaient réellement utiliser ce service. Les freins avancés: des itinéraires ou des horaires non adaptés, une perte de temps due aux détours (pour déposer un enfant à l'école, etc.), la peur de ne pas retrouver une voiture pour le retour. "Nous avons tiré des enseignements de cet échec : il ne suffit pas de proposer une plateforme pour que cette démarche fonctionne. Il est nécessaire d'envisager une politique de développement durable globale et de communiquer sur cette démarche dans la durée, et non uniquement lors de son lancement comme nous l'avons fait. Et si c'était à refaire, nous ouvririons aussi ce système à tout le territoire et non à notre seule administration", témoigne Jean-Luc Forêt. Ainsi, après la Caisse primaire d'assurance maladie et la préfecture des Yvelines, le système vient d'être étendu au tribunal de Versailles.
Des mesures d'incitation
Autre initiative, celle de Renault. Là, 2400 trajets ont été enregistrés depuis la création du système en 2007 et généralisé à l'ensemble des sites en juin 2008. Un chiffre important mais à relativiser en regard du nombre de personnes employées par le constructeur automobile en France (près de 60 000). Le covoiturage intéresse ainsi moins de 0,5% des salariés. Expérimenté dans un premier temps au technocentre de Guyancourt, il y représente 1 042 trajets pour ce seul site, preuve que la démarche peut séduire. Là encore, la possibilité d'étendre le système à d'autres entreprises ou administrations situées dans le secteur d'implantation des usines du constructeur a été évoqué: "La mutualisation est une de nos pistes de réflexion. Pourquoi ne pas étendre le covoiturage aux entreprises proches et aux communautés d'agglomération? Nous avons d'ailleurs un projet en cours avec l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines", lance Frédéric Rollin, responsable du Plan de déplacement d'entreprise chez Renault.
Entreprises et collectivités ne manquent pas d'idées pour populariser le covoiturage, mais toutes ne sont pas de leur seul ressort. Des mesures incitatives financières? Tous y pensent, mais la mise en pratique s'avère problématique: "Pour donner de l'argent aux salariés concernés, il faudrait déjà pouvoir les identifier. Et leur offrir un bonus est soumis au paiement de cotisations", déplore Frédéric Rollin. Pour convaincre les personnes soucieuses du respect de leur intimité et ne souhaitant pas que le "covoitureur" voient leur domicile, le département du Morbihan, par exemple, a construit de nombreuses aires de stationnement dédiées au covoiturage. Autres pistes évoquées: la création de "chèques transport" ou de voies réservées à l'image des voies de bus et taxis.
Forcer les salariés?
Faut-il aller jusqu'à la contrainte? "Pour que les mentalités évoluent, il faut peut-être envisager de contraindre davantage les salariés: forcer les employés qui vont à la même réunion au même moment à prendre la même voiture", avance Frédéric Rollier. "Cela pourrait permettre aux salariés de découvrir le covoiturage dans un cadre professionnel et leur permettre ensuite de l'envisager au quotidien", renchérit Marc Letourneux, chargé de mission au conseil général du Morbihan.