Affectés à une mission bien précise, ils sont employés légalement par une entreprise, mais travaillent au sein d'une autre société, parfois même de plusieurs. Les prestataires de services mènent une "double vie" au travail pour le moins enrichissante. Le recours à des prestataires de services est une pratique qui se généralise.
Des missions longue durée
Assistante de gestion financière, Marie-Anne, 38 ans, est à 100 % en clientèle: embauchée par Global Project, une petite société de prestation de services spécialisée dans le transport routier et ferroviaire, elle travaille pour le compte et dans les locaux de la RATP. Elle s'occupe du suivi financier d'un projet et d'un marché passé avec un industriel. Pour cette ancienne intérimaire, la prestation de services offre un gros avantage: le temps. En général, les missions en prestation de services sont plus longues que les missions d'intérim, courtes et ponctuelles. "Avant, je changeais souvent. J'enchaînais les missions d'intérim. À la longue, ça devenait fatigant. Surtout avec des enfants en bas âge... Le seul avantage, c'est que quand une mission ne me plaisait pas, au moins, c'était rapide", plaisante-t-elle.
Un double rapport hiérarchique
Marie-Anne est en mission à la RATP pour une durée de deux ans. C'est sa troisième mission au sein de cette entreprise. "La RATP emploie un grand nombre de prestataires sur ses différents projets", indique Marie-Anne: une question d'ajustement de la main-d'œuvre aux projets en cours. "Bien sûr, en tant que prestataire, je ne bénéficie pas des avantages des salariés de l'entreprise. Ça ne m'empêche pas de m'être bien intégrée à la RATP, en quatre ans et demi au sein de l'entreprise, mais je ne perds jamais de vue que je suis en mission chez le client. Naturellement j'ai plus de contact avec la RATP qu'avec mon propre patron, que je vois une fois par mois pour faire le point. Il y a un double rapport hiérarchique: mon patron de Global Project pour l'administratif (contrat, congés...) et mon chef de projet à la RATP, à qui je rends des comptes sur mon travail au quotidien. Mes collègues de Global Project? Je les vois deux ou trois fois par an, à l'occasion du cocktail de fin d'année, notamment". Pour fédérer ses troupes, son employeur a récemment mis en place un outil de knowledge management (voir lexique): "sans grand succès pour l'instant", avoue Marie-Anne. Pas évident en effet de rassembler des employés qui travaillent tous au sein d'entreprises différentes.
Une intégration progressive
Julien, lui, est prestataire de services informatiques au siège de Total, à La Défense, depuis trois ans, dont 6 mois en tant que salarié de Steria, la troisième SSII en France, avec 20 000 collaborateurs. Au sein de la multinationale pétrolière, la différence entre les salariés et les prestataires est marquée et se lit jusque sur leurs badges! "Gris pour les internes, gris et blanc pour les prestataires", indique Julien. L'intégration, dans ces conditions, n'est pas toujours évidente. "Certains internes ne parlent qu'avec des internes, car nous autres prestataires, on n'est pas Total. En tant que prestataire, on est souvent moins considéré. On est là pour faire le travail. Et bien sûr, on n'a pas droit aux avantages sociaux du groupe: le comité d'entreprise, les vacances plus nombreuses, les primes..." Pourtant, comme Marie-Anne à la RATP, ce jeune homme de 27 ans ressent un sentiment d'appartenance plus fort à Total qu'à Steria: "Je travaille 39 heures par semaine chez Total, tandis que je passe chez Steria une fois tous les six mois, pour faire le point avec les ressources humaines, pour mon entretien annuel ou la visite médicale. Il y a un suivi régulier chez Steria, mais au quotidien je rends des comptes à Total. C'est un peu une double vie. Au début, mes proches ne comprenaient pas trop pour qui je travaillais", raconte-t-il.
Des responsabilités différentes
L'avantage de travailler dans une multinationale en tant que prestataire? "On a moins de pression qu'un salarié. On est souvent à des postes de techniciens, les responsabilités sont moindres. Et surtout, on est à l'abri des luttes de pouvoir qui se trament en interne. Beaucoup veulent monter en grade, il y a des alliances, des jeux politiques... On reste en dehors de tout cela. On les regarde avec un œil détaché se démener pour se placer, obtenir une promotion", s'amuse Julien, qui n'a pas eu trop de difficulté à s'intégrer. "Ça m'a pris quatre mois, pour rencontrer les gens et me sentir à l'aise avec la culture de l'entreprise. J'entretiens de bons rapports avec les gens. Je déjeune régulièrement avec mes supérieurs. Je partage mon bureau avec cinq collègues - tous prestataires: l'informatique est entièrement externalisé".
Une organisation bien pensée
Perrine, elle, est dans une situation particulière, mais très fréquente dans l'univers des prestataires de services. Cette jeune comptable de 28 ans cumule sept clients différents et passe donc sa vie en clientèle! Embauchée par un cabinet d'experts-comptables, Perrine connaît Paris et la proche banlieue comme sa poche. "Je n'ai pas un bureau. J'en ai huit", plaisante-t-elle. Perrine fait la comptabilité de sept entreprises différentes et travaille à son cabinet un jour par semaine en moyenne. Le reste du temps, elle est en clientèle: deux jours par mois dans chaque entreprise cliente, en moyenne. "Cela fait deux ans que je travaille en prestation de services pour les mêmes clients. Il y a peu de turnover, à part un nouveau client cette année. Le fait de travailler pour le compte de plusieurs clients n'enlève rien à mon investissement. Je compartimente mon travail. Hier et avant-hier par exemple, je travaillais chez un journal gratuit, qui est un de mes clients depuis deux ans. Je dispose de mon propre bureau dans la pièce de la responsable administrative, avec qui j'entretiens des rapports presque amicaux: on a le même âge et un certain nombre de points communs. Par professionnalisme, on se vouvoie: je vérifie la compta de l'entreprise, et s'il y a le moindre souci, le vouvoiement aide à prendre la distance nécessaire. Je déjeune sur le pouce avec la responsable administrative dans la salle de réunion. Des salariés sont souvent présents: journalistes et commerciaux. À raison de deux jours par mois, en deux ans, je me suis bien intégrée à l'équipe. Tout le monde me connaît. À table, l'ambiance est décontractée. On discute de l'actualité, du dernier film à voir, du dernier livre publié... La semaine prochaine, je serai en clientèle chez mon fabricant de textile. Avec lui, on parle plutôt coton et maille stretch. C'est très enrichissant de toucher à des secteurs aussi variés!"